Yesmine Ben Khelil, une Tunisienne présente à la 1re édition d’« 1:54 », la foire d’Art contemporain africaine à Marrakech

Yesmine Ben Khelil, une Tunisienne présente à la 1re édition d’« 1:54 », la foire d’Art contemporain africaine à Marrakech

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À l’ère où le selfie est roi, elle choisit d’interroger l’image. Après avoir obtenu une maîtrise en arts plastiques et en sciences de l’art de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, c’est entre Paris et Tunis que Yesmine Ben Khelil choisit de faire voyager son art.

 

Elle collectionne les images comme certains collectionnent les timbres ou les coquillages. Mais cette quête incessante, elle choisit d’en faire une quête d’identité. Et ça tombe bien. C’est justement cette question que la neuvième édition d’1:54 a décidé de traiter en toile de fond. Avec son forum « Always Decolonise ! », cette foire repousse un peu plus les frontières de l’Art contemporain et questionne le passé d’une Afrique colonisée. Pour elle « il est difficile d’appréhender le présent sans évoquer le passé, il ne s’agit pas de dire que nous sommes toujours colonisés, ça plus ou moins tout le monde le sait, mais plutôt de traduire l’impression d’être hanté par une multitude de faits antérieurs, ne serait-ce que par la profusion des images ». Des mots qui résonnent.

 

Car le passé finit toujours par rattraper le présent. S’approprier son Histoire est pour 1:54 une question (une lutte ?) bien actuelle. Comment traduire un héritage intangible ? Comment peut-on se réapproprier la représentation du continent africain ? Comment se construire une vraie image ? En définitive, qui sommes-nous ? À ses nombreuses interrogations, l’Art semble être l’unique réponse. Ou du moins, une piste pour se saisir d’une identité métissée. Ces questions, l’artiste tunisienne les fait siennes « Pour le projet sur lequel je travaille en ce moment, je m’intéresse aux représentations qui ont trait à la culture tunisienne ou nord-africaine, c’est-à-dire à la façon dont elle apparaît en image et aux images qu’elle produit elle-même ».

 

Yesmine Ben Khelil a déjà à son actif deux expositions personnelles. La première, « The Universe is Expanding », a eu lieu en 2015 à la galerie Selma Feriani à Tunis. L’Univers s’étend... Vaste sujet. La deuxième suivra l’année d’après à Bordeaux et aura pour nom « History of Haunting »... Inlassablement, elle questionne notre rapport aux médias et le culte que l’on voue à l’image. Dans son travail, elle mélange humour et poésie, présent et passé, et maîtrise l’art du collage comme réécriture de ce qui n’est plus. Pour elle, « le passé intriqué au présent donne des pistes pour appréhender l’avenir. Ce n’est pas par angoisse que j’utilise ce procédé, mais pour rendre compte d’une certaine angoisse du futur qui caractérise l’époque actuelle » Images, textes, sons... l’artiste se saisit de tout ce qu’elle peut pour tenter de traduire ses questionnements.

 

Le travail qu’elle expose au 1 : 54 est une pièce « composée de quatre cartes géographiques d’époques différentes. La plus ancienne date des années 50 et la plus récente de l’an 2000. J’ai voulu les traiter comme s’il s’agissait de morceaux de peau que je pourrais inciser ou greffer les uns aux autres. Ainsi le monde “reconfiguré” prend la forme d’un corps malade en métamorphose. Ce procédé était un moyen pour moi d’interroger les cartes en tant qu’images qui se présentent comme objectives alors qu’en réalité, elles sont le fruit de plusieurs siècles de conquêtes et de domination ».

 

Et quand on lui demande ce qu’il en est de l’art contemporain en Tunisie, nous ne pouvons que valider et rire (jaune ?) « Ensuite lorsqu’on vit en Tunisie, rien n’est fait pour faciliter les choses, pour envoyer une pièce à l’étranger il y a toute une démarche administrative qui prend du temps, pour obtenir un visa n’en parlons pas… il faut ajouter aussi que nous n’avons aucun musée d’art moderne ou contemporain, que l’offre en matière de livres est très limitée et que pour trouver du vrai matériel de beaux-arts c’est le parcours du combattant… le bon côté des choses c’est que ça stimule l’imagination ». Yesmine Ben Khelil, ou l’art de voir l’étoile au milieu de la nuit.